Glossaire · Phénomènes

Éclipse

Une éclipse est l'occultation partielle ou totale d'un astre par l'ombre ou le disque d'un autre. Les plus spectaculaires : éclipses solaires (Lune devant Soleil) et lunaires (Terre sur Lune). Prochaine totale en Europe : 12 août 2026.

Categorie Phénomène céleste · Mécanique du Système solaire
Types Principaux ['Éclipse solaire (Lune passe devant le Soleil)', 'Éclipse lunaire (Terre jette son ombre sur la Lune)']
Sous Types Solaires Totale · Partielle · Annulaire · Hybride
Sous Types Lunaires Totale · Partielle · Pénombrale
Cycle Saros 223 mois synodiques ≈ 18 ans 11 jours 8 h (répétition d'éclipses quasi identiques)
Prochaine Eclipse Totale Europe 12 août 2026 — totalité visible en Islande, Groenland et nord de l'Espagne

Définition développée

Une éclipse est une coïncidence géométrique : trois corps célestes alignés dans l'espace, l'un projetant son ombre sur un autre, ou s'interposant devant une source lumineuse. Pour nous, Terriens, deux familles dominent le spectacle : les éclipses solaires (nouvelle Lune qui masque le disque solaire pour un observateur au sol) et les éclipses lunaires (pleine Lune qui entre dans l'ombre de la Terre).

Pourquoi n'y en a-t-il pas à chaque nouvelle ou pleine Lune ? Parce que l'orbite lunaire est inclinée de 5,1° par rapport au plan de l'écliptique (orbite terrestre autour du Soleil). La plupart du temps, la Lune passe au-dessus ou en dessous de l'alignement parfait. Les éclipses se produisent uniquement aux « saisons d'éclipses » où la Lune nouvelle ou pleine coïncide avec un nœud de son orbite (intersection avec l'écliptique). Cela arrive environ tous les 173 jours, d'où 4 à 7 éclipses par an au total.

L'alignement géométrique produit trois zones d'ombre distinctes :

• Umbra (ombre) : cône où le Soleil est complètement masqué → éclipse totale • Antumbra : prolongement de l'umbra au-delà de son sommet → éclipse annulaire • Pénombra : zone où le Soleil n'est que partiellement masqué → éclipse partielle

La coïncidence cosmique qui rend les éclipses solaires totales possibles est remarquable : le Soleil est 400 fois plus grand que la Lune et 400 fois plus loin, donc les deux disques ont la même taille apparente (~0,5° dans le ciel). Ce n'est pas une règle physique, juste un hasard — d'ailleurs, la Lune s'éloigne de 3,8 cm par an, et dans ~600 millions d'années, les éclipses totales n'existeront plus. Nous vivons dans une ère privilégiée.

L'éclipse solaire totale est l'un des spectacles naturels les plus bouleversants : baisse soudaine de luminosité, chute de température de 5-10 °C, apparition des planètes et étoiles brillantes en plein jour, et la couronne solaire qui rayonne autour du disque noir de la Lune. Ce moment, appelé « totalité », dure de quelques secondes à 7 min 29 s (maximum théorique). L'éclipse du 12 août 2026, prochaine totalité visible en Europe, durera 2 min 18 s au maximum (près de Gijón en Espagne).

Valeurs, formules, géométrie

Les cônes d'ombre se calculent par géométrie simple. Pour un corps sphérique de rayon R à distance d du Soleil (rayon R☉ ≈ 696 340 km) :

Longueur de l'umbra : L_u = d × R / (R☉ − R)

Pour la Terre (R = 6 371 km, d = 1 UA) : L_u ≈ 1,38 × 10⁶ km. La Lune, à seulement 384 400 km de la Terre, entre donc sans difficulté dans l'umbra terrestre lors des éclipses lunaires.

Pour la Lune (R = 1 737 km, d ≈ 1 UA) : L_u ≈ 379 000 km en moyenne. Or la distance Terre-Lune varie entre 356 500 km (périgée) et 406 700 km (apogée). Conclusion : l'umbra de la Lune touche parfois la Terre (totale), parfois n'atteint pas sa surface (annulaire — la Lune semble trop petite pour couvrir le Soleil).

Cycles temporels clés :

• Mois synodique : 29,53 jours (période entre deux Nouvelles Lunes) • Mois draconitique : 27,21 jours (période entre deux passages au même nœud) • Saison d'éclipses : ~ 35 jours, tous les 173,3 jours • Cycle de Saros : 223 mois synodiques = 6 585,32 jours ≈ 18 ans 11,32 jours

Fréquences typiques :

• 2 à 5 éclipses solaires par an (en tout type confondu) • 2 à 3 éclipses lunaires par an • Éclipse solaire totale visible d'un lieu donné : ≈ 1 fois tous les 375 ans en moyenne • Éclipse lunaire totale visible d'un lieu : ≈ 1 tous les 2-3 ans

Durée maximale d'une éclipse :

• Totalité solaire : 7 min 29 s (théorique, le 16 juillet 2186 au-dessus de la Guyane) • Totalité lunaire : 1 h 47 min (théorique)

Les différents types

Éclipses solaires (la Lune devant le Soleil, en nouvelle Lune).

• Totale : la Lune couvre entièrement le Soleil. Observateur dans l'umbra. Totalité quelques secondes à ~7 min. Couronne solaire visible. Très rare en un lieu donné (tous les ~375 ans statistiquement). • Annulaire : la Lune est à l'apogée, trop loin pour couvrir le Soleil. Un anneau solaire brillant (« ring of fire ») entoure la silhouette noire. Durée similaire, mais pas de vraie obscurité ni de couronne visible. • Partielle : la Lune n'occulte qu'une partie du Soleil. Observateur dans la pénombra. Pas d'effet dramatique mais visible en protégeant les yeux. • Hybride : rare cas où l'éclipse est annulaire sur les bords et totale au centre de la trajectoire (courbure terrestre).

Éclipses lunaires (la Terre devant la Lune, en pleine Lune).

• Totale : la Lune entre entièrement dans l'umbra terrestre. Devient rouge-cuivré (lumière réfractée par l'atmosphère terrestre — ce sont les levers et couchers de soleil du monde entier qui éclairent la Lune). Visible depuis toute la moitié nuit de la Terre. • Partielle : une partie seulement de la Lune entre dans l'umbra. • Pénombrale : la Lune ne traverse que la pénombra terrestre. Effet discret, à peine visible.

Éclipses planétaires et stellaires. Ce sont des « transits » ou « occultations » plus que des éclipses strictement parlant, mais on emploie parfois le mot :

• Transits de Vénus et Mercure devant le Soleil (transit de Vénus : prochain en 2117 !) • Occultations lunaires d'étoiles brillantes ou de planètes • Éclipses dans les systèmes binaires (binaires à éclipses comme Algol) • Transits exoplanétaires (méthode Kepler/TESS pour détecter des planètes autour d'autres étoiles)

Dates à marquer (2026-2027) :

• 17 février 2026 : éclipse solaire annulaire (Antarctique) • 12 août 2026 : éclipse solaire totale (Islande, Groenland, NO Espagne). Totalité ≈ 2 min 18 s. • 6 février 2027 : éclipse solaire annulaire (Chili, Argentine) • 2 août 2027 : éclipse solaire totale (Afrique du Nord, Moyen-Orient). Totalité record 6 min 23 s — la plus longue du siècle en zone accessible.

Comment les observe/prédit-on ?

Prédictions. Depuis l'Antiquité babylonienne (cycle de Saros, ~800 av. J.-C.), on sait prédire les éclipses à longue échéance. Les algorithmes modernes (théorie lunaire ELP-2000, éphémérides JPL DE440) permettent de calculer le trajet d'une éclipse à la seconde et au kilomètre près plusieurs milliers d'années à l'avance. La référence mondiale est le NASA Eclipse Website maintenu par Fred Espenak (« Mr. Eclipse », prédictions jusqu'à 2099 et au-delà). L'IMCCE (Institut de mécanique céleste, Paris) offre aussi des outils en français.

Observation solaire sûre. Règle absolue : JAMAIS regarder le Soleil à l'œil nu, ni à travers des jumelles/télescope non filtrés. Utiliser des lunettes à éclipse certifiées ISO 12312-2 (filtres densité 5 minimum), un filtre solaire devant l'objectif (Baader AstroSolar), ou un projecteur en carton. Exception : durant la totalité (uniquement quand le disque solaire est totalement couvert), on peut regarder à l'œil nu la couronne — mais remettre les lunettes dès le « diamond ring » final.

Observation lunaire. Aucune précaution : une éclipse de Lune se regarde à l'œil nu, aux jumelles ou au télescope, sans filtre. La couleur rouge est due à la diffusion atmosphérique (les longueurs d'onde bleues sont absorbées, les rouges passent et éclairent la Lune).

Missions scientifiques. Les éclipses solaires totales sont des fenêtres uniques pour étudier la couronne basse (masquée par l'éclat du disque solaire en temps normal). L'éclipse du 29 mai 1919 a validé la relativité générale d'Einstein (déflexion de la lumière par le Soleil, Eddington, île de Principe). Aujourd'hui, la mission ESA Proba-3 (lancée décembre 2024) crée des éclipses artificielles permanentes en formant une paire de satellites occulteur + observateur, pour étudier la couronne en continu. Parker Solar Probe et Solar Orbiter complètent l'arsenal.

Et côté amateur ? La chasse aux éclipses (« eclipse chasing ») est un hobby à part entière. L'éclipse totale du 8 avril 2024 (Mexique-Texas-Canada) a attiré plus de 30 millions de spectateurs sur la bande de totalité. Notre calendrier astronomique liste les éclipses visibles pour votre localisation, et l'outil phases lunaires complète pour les éclipses de Lune.

À ne pas confondre avec

Plusieurs phénomènes d'alignement céleste se ressemblent.

Éclipse vs occultation. Une éclipse implique généralement trois corps et une zone d'ombre projetée (Soleil-Lune-Terre, Soleil-Terre-Lune). Une occultation est simplement le passage d'un corps devant un autre vu d'un observateur (la Lune occulte une étoile, Jupiter occulte l'une de ses lunes). Les occultations d'étoiles par la Lune sont fréquentes et précieuses pour mesurer des diamètres stellaires précis.

Éclipse vs transit. Un transit est l'occultation partielle d'un disque plus grand par un disque plus petit (Mercure ou Vénus devant le Soleil — petit point noir visible). Techniquement, c'est un cas particulier d'occultation. Les transits exoplanétaires (méthode Kepler, TESS, Ariel) sont le cousin lointain : un « mini-éclipse » stellaire par une planète.

Éclipse solaire vs nouvelle Lune. Toute éclipse solaire se produit à la nouvelle Lune, mais toute nouvelle Lune ne donne pas d'éclipse — il faut que la Lune soit près d'un nœud orbital. Sur 12-13 nouvelles Lunes par an, 2-5 seulement sont éclipsantes.

Éclipse lunaire vs Lune rouge d'atmosphère. Une « super Lune rouge » due à la pollution atmosphérique, aux incendies ou au lever lunaire bas à l'horizon n'est PAS une éclipse. C'est la diffusion Rayleigh (même mécanisme que le coucher de soleil). Une vraie éclipse lunaire totale rougit parce que la Lune est physiquement dans l'ombre de la Terre.

Éclipses solaires totales vs annulaires. Même alignement géométrique, mais la distance Terre-Lune diffère. En totale, la Lune est au périgée et couvre entièrement le Soleil → couronne visible. En annulaire, Lune à l'apogée, trop petite → anneau lumineux résiduel, pas d'obscurité, pas de couronne observable.

Questions fréquentes

Quand est la prochaine éclipse totale en Europe ?

Le 12 août 2026. La bande de totalité traverse l'est du Groenland (matin), l'ouest de l'Islande (Reykjavik en partielle proche, Hafnarfjörður et la péninsule de Reykjanes dans la totalité), puis le nord-ouest de l'Espagne en fin d'après-midi : Gijón, Santander, Saragosse, Majorque. La totalité durera environ 2 min 18 s au maximum. Mais il faudra ensuite attendre 2081 pour la prochaine en France métropolitaine (3 septembre 2081, nord de la France). Le 2 août 2027 verra en revanche une éclipse totale spectaculaire (6 min 23 s) traverser le Maroc, l'Espagne du Sud, l'Algérie, la Libye, l'Égypte, l'Arabie Saoudite et le Yémen — l'une des plus longues du siècle.

Pourquoi n'y a-t-il pas une éclipse à chaque nouvelle Lune ?

Parce que l'orbite de la Lune est inclinée de 5,1° par rapport au plan de l'écliptique (orbite Terre-Soleil). La plupart du temps, la nouvelle Lune passe au-dessus ou en dessous du Soleil dans le ciel — alignement imparfait, pas d'éclipse. Pour qu'il y ait éclipse, il faut que la nouvelle Lune (ou pleine Lune) se produise à moins de ~18° d'un nœud orbital (intersection entre orbite lunaire et écliptique). Cette fenêtre s'ouvre deux fois par an (saisons d'éclipses), chaque fois pour environ 35 jours. D'où les 2 à 5 éclipses solaires et 2 à 3 lunaires par an, pas plus.

Pourquoi la Lune devient-elle rouge pendant une éclipse lunaire totale ?

Parce que l'atmosphère terrestre agit comme un filtre géant. Quand la Lune est dans l'ombre de la Terre (umbra), elle ne reçoit plus de lumière directe du Soleil. Mais la lumière solaire qui rase notre atmosphère est réfractée et filtrée : les longueurs d'onde bleues sont diffusées (mécanisme Rayleigh), tandis que les rouges passent. Résultat : la lumière qui atteint la Lune en éclipse est la somme de tous les levers et couchers de soleil du monde entier à cet instant — d'où sa teinte cuivrée ou rouge sang. La couleur exacte dépend de l'état atmosphérique (poussières volcaniques, pollution) ; après l'éruption du Pinatubo en 1991, les éclipses lunaires sont devenues presque noires pendant plusieurs mois.

Comment observer une éclipse solaire sans danger ?

Règle numéro un : JAMAIS à l'œil nu ni à travers un instrument non filtré. Les ultraviolets et l'infrarouge peuvent brûler la rétine en quelques secondes, définitivement. Utilisez des lunettes d'éclipse certifiées ISO 12312-2 (densité 5 minimum, à jeter après 3 ans). Pour un télescope ou des jumelles, un filtre solaire pleine ouverture (Baader AstroSolar ou équivalent) est obligatoire, placé devant l'objectif — jamais derrière l'oculaire. Méthode alternative sûre : la projection par sténopé (trou dans un carton, image projetée au sol) ou au télescope avec projection sur feuille blanche. Exception unique : pendant la totalité strictement (disque solaire 100 % couvert), on peut regarder à l'œil nu — mais remettre les lunettes au premier éclair du 'diamond ring'.

Sources